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Conakry au cœur de la gouvernance migratoire : clôture réussie du 3e atelier régional du CRPM2

La capitale guinéenne s’est imposée cette semaine comme le centre névralgique des dynamiques migratoires en Afrique de l’Ouest et centrale. Du 1er au 3 juillet 2026, Conakry a accueilli le 3e atelier régional de la deuxième phase du Projet de coopération régionale pour les politiques migratoires (CRPM2 2024-2028).

Financé par l’Agence française de développement (AFD) et mis en œuvre par Expertise France, cet événement de trois jours a réuni les délégations de six pays partenaires : le Cameroun, les Comores, la Côte d’Ivoire, Madagascar, le Sénégal et la République de Guinée.

L’enjeu de cette rencontre de haut niveau était de renforcer les synergies entre les institutions étatiques, la société civile et le monde de la recherche afin de transformer la mobilisation des diasporas en un levier incontournable de co-développement. Cet atelier constituait également un jalon stratégique et préparatoire en vue du très attendu Salon des diasporas, prévu à Paris en novembre 2026.

Un dialogue sans tabou pour structurer des politiques publiques impactantes

Pour Nicolas Huet, directeur pays d’Expertise France en Guinée, la réussite de cet atelier repose d’abord sur la qualité des échanges, favorisée par l’absence de barrières entre les participants. Rappelant l’intérêt majeur de la France pour ce dialogue, il a insisté sur le fait que les dynamiques migratoires sont avant tout interafricaines et porteuses d’une immense richesse culturelle et économique.

Le chef de projet du CRPM2, Bamadi Sanokho, a, quant à lui, dressé l’heure du bilan et de l’action. Selon lui, l’objectif est désormais d’aider les États à structurer des politiques publiques efficaces :

« Il faut passer du simple transfert d’argent à des politiques publiques impactantes. »

Au-delà des flux financiers traditionnels, les travaux ont analysé les réussites et les freins en matière de transfert de compétences afin d’aboutir à la rédaction des « Actes de Conakry », une feuille de route vers une nouvelle gouvernance migratoire régionale.

La vision de la société civile : mobilité, citoyenneté et durabilité

Portant la voix de la société civile, Khady Sakho Niang, représentante du Forum des organisations de solidarité internationale issues des migrations (FORIM), a plaidé pour un changement de paradigme. Estimant que la mobilisation des diasporas préexiste déjà aux structures, elle a mis l’accent sur deux axes majeurs :

Le droit à la mobilité : privilégier la notion de « double espace » à travers des allers-retours circulaires, plutôt que de se focaliser sur le seul retour définitif.

Une citoyenneté entière : reconnaître la diaspora comme un acteur politique à part entière, doté du droit de vote et associé à la co-construction des politiques publiques.

L’impératif de la pérennisation budgétaire

Dans un contexte international marqué par de fortes contraintes budgétaires sur l’aide publique au développement, Antoine Cœur-Bizot, directeur de l’AFD pour la Guinée et la Sierra Leone, a salué le rôle moteur de la Guinée. Qualifiant le CRPM2 de « projet plateforme » innovant, il a exhorté les États à inscrire et à budgétiser progressivement ces mécanismes pilotes (à l’instar des initiatives menées à Dabola, en Guinée, ou à Yaou, en Côte d’Ivoire) afin de garantir la durabilité de la gouvernance diasporique.

La Guinée, « pays champion » de la migration sûre

Bien qu’empêché, le ministre des Affaires étrangères, de l’Intégration africaine et des Guinéens établis à l’étranger, Dr Morissanda Kouyaté, a transmis un message enregistré aux délégations. Au nom du président de la République, Mamadi Doumbouya, le ministre a rappelé que, face aux crises climatiques, sécuritaires et économiques, « aucun pays ne peut agir seul ». Il a fièrement souligné l’intégration récente de la Guinée au groupe des pays champions du Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières.

En point d’orgue de ces trois jours de travaux intenses dédiés au dispositif « Sabati », les participants ont assisté à la présentation des associations de la diaspora bénéficiaires, suivie de la signature et de la remise officielle des chèques de financement.

Paris et l’Afrique : une histoire séculaire et des talents à mobiliser

L’ambassadeur de France en Guinée et en Sierra Leone, Luc Briard, a salué le succès de cette initiative, qui a su stimuler une véritable intelligence collective malgré des contextes politiques parfois divergents. Évoquant le thème « La diaspora au cœur des territoires », il a mis en lumière la double appartenance de ces acteurs et a rappelé, en présence de l’adjoint au maire de Paris, les liens historiques profonds qui unissent la capitale française au continent africain :

« Paris est une ville panafricaine depuis 120 ans. Les sœurs Nardal l’ont prouvé il y a un siècle. »

Rappelant que sept millions de Français d’origine africaine participent pleinement au projet républicain, le diplomate a précisé que le Quai d’Orsay déploie depuis quatre ans une feuille de route dédiée pour mobiliser ces « ponts vivants ».

Attirer les compétences et innover

En Guinée, cette dynamique se traduira concrètement par le déploiement prochain du dispositif « Talent en commun » par Expertise France, visant à mobiliser des cadres de la diaspora afin d’apporter une expertise pointue à l’administration publique. S’inspirant du modèle sénégalais (PAISD), l’ambassadeur a encouragé l’orientation de l’épargne des diasporas vers le financement des services publics essentiels (eau, santé, éducation), tout en insistant sur la nécessité d’intégrer une approche intergénérationnelle pour répondre aux attentes des plus jeunes.

L’événement s’est officiellement clôturé par l’allocution de Mme Mariama Bailo Barry, cheffe de cabinet du ministère des Affaires étrangères, de l’Intégration africaine et des Guinéens établis à l’étranger. Au nom du ministre, elle s’est félicitée de la haute qualité des recommandations formulées, marquant une avancée historique vers une gestion concertée, efficace et durable des enjeux migratoires dans la région.

Naby Camara

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