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Guinée : un nouvel accord avec le FMI ouvre la voie à un programme économique de 41 mois

Après plusieurs semaines de discussions et de travaux techniques, les autorités guinéennes et les services du Fonds monétaire international (FMI) sont parvenus à un accord en vue de la mise en place d’un nouveau programme économique et financier soutenu par la Facilité élargie de crédit (FEC), pour une durée de 41 mois. Le programme prévoit un financement d’environ 425 millions de dollars.

À l’occasion de cette étape importante pour la trajectoire économique du pays, la ministre de l’Économie, des Finances et du Budget, Mariama Ciré Sylla, entourée du ministre du Plan, de la Coopération internationale et du Développement, Ismaël Nabé, et du gouverneur de la Banque centrale de la République de Guinée, Karamo Kaba, a animé une conférence de presse avec des journalistes de la presse nationale et internationale.

Plusieurs membres du gouvernement, notamment le ministre de l’Agriculture, Félix Lamah, et le ministre de l’Énergie, Laye-Sékou Camara, ont également pris part à cette rencontre, témoignant de la mobilisation gouvernementale autour de ce nouveau programme.

Mariama Ciré Sylla : « Un programme au service de la transformation de la Guinée »

Selon la ministre de l’Économie, des Finances et du Budget, cet accord marque une étape importante dans la trajectoire économique de la Guinée.

« Nous sommes réunis aujourd’hui pour annoncer une étape importante dans la trajectoire économique de notre nation : la conclusion d’un accord technique entre les autorités guinéennes et les services du Fonds monétaire international. Cela ouvre la voie à la mise en place d’un nouveau programme économique et financier appuyé par la Facilité élargie de crédit pour une durée de 41 mois, avec un financement de près de 425 millions de dollars », a-t-elle déclaré.

Elle a expliqué que cet accord intervient dans un contexte marqué par le retour à l’ordre constitutionnel et la volonté des autorités de consolider durablement la stabilité institutionnelle et économique du pays.

« Il accompagne une vision, une ambition et des réformes que notre pays a souverainement choisies pour construire une économie plus forte, mieux gouvernée et capable de financer progressivement son propre développement », a ajouté Mariama Ciré Sylla.

La ministre a également mis en avant plusieurs indicateurs économiques, notamment une croissance qui aurait atteint 6,9 % en 2025 et qui devrait s’accélérer en 2026. Elle a également souligné la progression des recettes fiscales, passées de 8,6 % du PIB en 2024 à 11,3 % en 2025, ainsi que le renforcement des réserves de change et la maîtrise de la dette.

Selon elle, ces résultats témoignent des efforts engagés par les administrations publiques, les entreprises, les travailleurs, les entrepreneurs et l’ensemble des acteurs économiques du pays.

Cinq priorités pour le nouveau programme

Le programme conclu avec le FMI s’articule autour de plusieurs priorités destinées à consolider les fondamentaux économiques de la Guinée et à favoriser une croissance plus diversifiée et créatrice d’emplois.

La première priorité concerne la mobilisation durable des recettes publiques. L’objectif est d’accroître les recettes internes afin de contribuer au financement des programmes nationaux de développement, notamment le programme Simandou 2040, à travers l’élargissement de l’assiette fiscale, la lutte contre la fraude et la digitalisation des régies financières.

La deuxième priorité porte sur la gestion rigoureuse des finances publiques. Il s’agit notamment d’améliorer la préparation budgétaire, de poursuivre la transition vers le budget-programme, d’améliorer la fiabilité des prévisions économiques et de renforcer le contrôle des dépenses publiques.

Le troisième axe concerne la stabilité macroéconomique et financière, avec notamment la maîtrise de l’inflation, le renforcement des réserves de change et la préservation des équilibres économiques.

La quatrième priorité porte sur la gouvernance, la transparence et la redevabilité, à travers notamment la publication régulière des données budgétaires et le renforcement des contrôles internes et externes.

Enfin, le programme accorde une place importante à la diversification économique et au développement du capital humain, notamment à travers l’agriculture, l’agro-industrie, les services et les petites et moyennes entreprises.

Pour Mariama Ciré Sylla, l’objectif ultime reste l’amélioration des conditions de vie des populations.

« Une économie performante n’a de sens que si elle permet à nos populations de mieux vivre. La croissance dont on parle doit devenir des emplois. Les recettes minières peuvent devenir des routes, des écoles, des hôpitaux et de l’électricité. Nos investissements doivent créer des opportunités pour notre jeunesse », a-t-elle souligné.

La ministre a également insisté sur le rôle du projet Simandou et du programme Simandou 2040 dans la transformation économique et sociale du pays.

« Notre pays dispose d’un atout extraordinaire : ses ressources naturelles, ses ressources minières, ses terres agricoles, son potentiel hydroélectrique, sa jeunesse, sa position géographique et surtout l’énergie et le talent de son peuple. La responsabilité historique est désormais de transformer ces richesses en prospérité durable », a-t-elle déclaré.

Elle a enfin rappelé que l’accord avec le FMI ne constitue pas une fin en soi, mais un instrument supplémentaire au service de la stratégie nationale de développement.

Ismaël Nabé : « Un signal de crédibilité, de confiance et de responsabilité »

Prenant la parole à son tour, le ministre du Plan, de la Coopération internationale et du Développement, Ismaël Nabé, a estimé que la conclusion des discussions techniques avec le FMI constitue bien plus qu’un simple accord financier.

« C’est un signal de crédibilité, un signal de confiance, mais surtout un signal de responsabilité », a-t-il déclaré.
Selon lui, cet accord doit contribuer à consolider les fondamentaux économiques du pays et à construire une trajectoire de croissance plus robuste, résiliente et inclusive.
Ismaël Nabé a également insisté sur la nécessité d’inscrire la coopération avec le FMI dans les priorités nationales.

« La stabilité macroéconomique n’est pas une destination, elle est le socle de notre transformation. Nous ne stabilisons pas l’économie pour stabiliser l’économie. Nous stabilisons notre économie pour pouvoir investir davantage dans nos routes, dans l’énergie, dans l’agriculture, dans l’industrie, dans nos systèmes éducatifs, dans la santé et surtout dans notre capital humain », a-t-il expliqué.

Le ministre a également souligné l’importance de la planification, des statistiques et du suivi-évaluation dans la conduite des politiques publiques.

Il a annoncé trois chantiers majeurs pour son département : renforcer la planification stratégique et son articulation avec le budget et l’investissement public, moderniser le système statistique national et renforcer la coopération internationale afin de mieux l’aligner sur les priorités nationales.

Pour Ismaël Nabé, l’enjeu n’est donc pas seulement de mobiliser davantage de ressources, mais surtout de mieux les orienter.

« Cela signifie des ressources alignées sur les priorités nationales, orientées vers les projets à fort impact, suivis avec rigueur et évalués à l’aune de leurs résultats », a-t-il indiqué.

Karamo Kaba : « Le véritable travail commence maintenant »

Le gouverneur de la Banque centrale de la République de Guinée, Karamo Kaba, a également salué cette nouvelle étape dans la trajectoire économique du pays.

Selon lui, sous réserve de l’approbation du Conseil d’administration du FMI, attendue en septembre, la Guinée devrait bénéficier d’un accès à environ 425 millions de dollars.

Pour le gouverneur de la BCRG, la portée de l’accord dépasse toutefois son aspect financier.

« Sa véritable valeur réside dans la crédibilité qu’il apporte à notre politique économique, dans l’ancrage qu’il donne à nos réformes et dans la confiance qu’il peut susciter auprès des investisseurs et de nos partenaires », a-t-il déclaré.

Karamo Kaba a également évoqué les perspectives de croissance du pays, portées notamment par le secteur minier et la montée en puissance du projet Simandou.

« Notre ambition n’est pas simplement d’exporter davantage de minerais. Elle est de faire en sorte que la richesse créée par nos ressources naturelles contribue à développer nos infrastructures, créer des emplois, renforcer notre secteur privé et faire émerger de nouvelles chaînes de valeur en Guinée », a-t-il souligné.

Il a insisté sur la nécessité de transformer la croissance économique en amélioration concrète des conditions de vie des populations.
« À quoi sert une croissance de 8 % si elle ne se traduit pas par davantage d’emplois, de meilleures infrastructures, plus d’électricité, une agriculture plus performante, de meilleures écoles et davantage d’opportunités pour notre jeunesse ? », s’est-il interrogé.

Simandou, un levier de transformation économique

Les trois responsables ont accordé une place importante au projet Simandou, présenté comme un levier majeur de transformation économique et sociale de la Guinée.

L’ambition affichée est de faire en sorte que les revenus et les investissements liés aux ressources minières contribuent au développement des infrastructures, à la création d’emplois, au renforcement du secteur privé et à l’émergence de nouvelles chaînes de valeur locales.

Pour les autorités, la réussite du programme dépendra ainsi de la capacité du pays à transformer ses ressources naturelles en investissements productifs et en opportunités pour la population.

« Le véritable travail commence maintenant »

Au terme de leurs interventions, les responsables ont insisté sur la nécessité de passer des engagements aux résultats concrets.

« Nous devons passer d’une culture de l’annonce à une culture de la réalisation : annoncer moins, faire davantage, mesurer les résultats, corriger ce qui doit l’être et rendre compte aux citoyens. Le véritable travail commence maintenant », a déclaré le gouverneur de la BCRG.

La prochaine étape sera l’examen et l’approbation du programme par le Conseil d’administration du FMI. Cette approbation permettra de finaliser le processus et d’ouvrir la voie à la mise en œuvre du nouveau programme économique et financier.

Pour les autorités guinéennes, cet accord constitue une nouvelle étape dans la transformation économique du pays. L’enjeu sera désormais de traduire les réformes, les investissements et la croissance annoncée en résultats tangibles pour les populations.

Thierno Kalifatou Doumbouya

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