Dans un contexte où l’entrepreneuriat agricole s’impose comme un levier de développement économique en Guinée, Aïssatou Bagnan Diallo fait partie de ces femmes qui transforment les défis en opportunités.
Fondatrice et gérante de Bagnan Agrobusiness, cette entrepreneure basée à Kindia s’est donné pour mission de valoriser l’ananas guinéen, de créer des emplois et de promouvoir le « Made in Guinea ». Malgré les épreuves, dont un incendie ayant ravagé sa plantation, elle a su rebondir avec résilience.
Dans cette interview, elle revient sur son parcours, les obstacles rencontrés, sa vision de l’agrobusiness et le message d’espoir qu’elle adresse aux femmes et aux jeunes filles qui souhaitent se lancer dans l’agriculture. Lisez !

Horoya : Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?
Aïssatou Bagnan Diallo : Je suis Aïssatou Bagnan Diallo, fondatrice et gérante de Bagnan Agrobusiness. Je suis entrepreneure dans le secteur agricole, basée à Kindia. Depuis septembre 2020, je produis de l’ananas avec l’ambition de valoriser le terroir guinéen, de créer des emplois et de contribuer à la sécurité alimentaire de notre pays.
Depuis quand êtes-vous entrepreneure agricole et qu’est-ce qui vous a poussée à vous lancer dans cette activité ?
Mon aventure a commencé par l’expérimentation de la culture du gingembre au Fouta, puis à Kindia, en 2017, à la ferme Claudine de Tonton Michel Diallo, à Kilissi.
Ce qui m’a poussée, c’est d’abord ma passion pour la nature et ma volonté de contribuer au développement socio-économique de mon pays.
Ensuite, il y avait l’envie de transformer nos produits locaux au lieu de les vendre à l’état brut. Je voulais aussi prouver qu’avec de la détermination, une femme peut bâtir une entreprise agricole viable et créer de la valeur ici, chez nous.

Pourquoi avez-vous choisi la culture de l’ananas plutôt qu’une autre spéculation agricole ?
J’ai choisi l’ananas parce que Kindia dispose d’un climat et d’un sol exceptionnels pour cette culture. L’ananas est également un produit à forte demande, avec de réelles possibilités de transformation. C’est une filière stratégique qui permet de créer des emplois et de faire rayonner la marque « Made in Guinea ».
Vous avez rencontré des difficultés dans votre parcours, mais vous avez tenu malgré tout. D’où puisez-vous cette force ?
Je puise ma force dans ma foi et sur trois piliers : la résilience, la capacité d’adaptation et la vision stratégique.
Quand on sait pourquoi on se bat, on trouve toujours l’énergie de se relever.
Le soutien de mon équipe me donne aussi beaucoup de courage. Je tiens à saluer toutes les bonnes volontés qui m’entourent depuis le début : ma famille, mes amis, mes mentors, mes coachs ainsi que les institutions qui me soutiennent, chacune à sa manière.
Après l’incendie de votre plantation, avez-vous pensé à abandonner ? Avez-vous été accompagnée par la suite ?
L’incendie a été l’épreuve la plus difficile de mon parcours. Oui, j’ai connu un moment de découragement. Voir le fruit de plusieurs années de travail partir en fumée fait très mal.
Mais j’ai choisi de rebondir. J’ai été accompagnée et réconfortée par mon entourage ainsi que par des partenaires qui ont cru en moi. Cet événement m’a rendue plus résiliente et plus organisée.
Que représente pour vous le courage d’une femme en milieu rural ?
Pour moi, c’est le courage du quotidien. C’est la femme qui se lève à l’aube, travaille son champ, gère son foyer, éduque ses enfants et n’abandonne jamais. Les femmes rurales sont le pilier de notre agriculture. Elles nourrissent la nation dans la discrétion.
Votre parcours montre qu’une femme peut réussir dans un secteur exigeant. Quel message souhaitez-vous transmettre aux autres femmes ?
Mon message est simple : osez. Ne laissez personne vous dire que l’agriculture ou l’entrepreneuriat ne sont pas faits pour vous.
Formez-vous, entourez-vous des bonnes personnes et commencez petit, mais commencez.
La terre nourrit le monde. Avec du travail et de la persévérance, nous pouvons toutes réussir.
Quelles sont les plus grandes difficultés que rencontrent les femmes agricultrices par rapport aux hommes ?
Les trois principaux défis sont l’accès au financement, l’accès au foncier et aux équipements, ainsi que l’accès aux marchés. Il y a également les pesanteurs socioculturelles. On attend encore trop souvent d’une femme qu’elle reste « à la maison ». Mais nous faisons évoluer cette image chaque jour en démontrant nos résultats.
Y a-t-il une femme qui vous a inspirée dans votre parcours ?
Oui, ma mère, avant tout, ainsi que toutes les femmes du monde rural.
Elles m’ont transmis les valeurs du travail, de la dignité, de la résilience, de la capacité d’adaptation et de la vision. Ce sont elles mes premiers modèles.

Quel regard portez-vous sur les jeunes filles qui pensent que l’agriculture est un métier réservé aux hommes ?
Je leur dis que l’agriculture de 2026 n’est plus celle d’hier. Aujourd’hui, c’est de l’agrobusiness, de l’innovation et de la technologie. C’est un secteur d’avenir, rentable et noble. Les jeunes filles y ont toute leur place, notamment dans la transformation et le marketing.
L’avenir de l’agriculture est féminin.
Êtes-vous fière d’être une femme agricultrice ? Pourquoi ?
Oui, je suis extrêmement fière.
Parce que je contribue à nourrir mon pays, à promouvoir l’entrepreneuriat agricole féminin et à développer l’économie verte. Parce que je crée des emplois en zone rurale. Et parce que chaque ananas qui sort de nos champs à Kindia porte le nom de Bagnan Agrobusiness et l’espoir de toute une communauté. Être une femme agricultrice, c’est être une actrice du développement socio-économique de la Guinée en particulier et de l’Afrique en général.
NB : Vous retrouverez cet article au prochain numéro du journal Horoya

















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