Les États membres de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) se sont réunis, ce lundi 10 août 2026 à Conakry, pour réviser la directive de 2017 relative aux droits d’accise appliqués aux produits du tabac.
Organisé avec le concours de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et de la Banque mondiale, cet atelier stratégique marque une étape décisive dans la protection de la santé publique et le renforcement de l’intégration régionale. Il a réuni les cadres des ministères des Finances, des Douanes et des institutions régionales des 15 États membres.
Présidant la cérémonie d’ouverture, la ministre de l’Économie et du Budget, Mariame Ciré Sylla, a, dans son discours, mis en évidence l’application inégale du texte de 2017 au sein de la sous-région.

« Actuellement, le niveau de taxation du tabac dans l’espace CEDEAO demeure en deçà du seuil de 70 % du prix de vente au détail recommandé par l’OMS. La méthode de taxation à la sortie d’usine ou à l’importation n’a pas permis d’augmenter suffisamment les prix pour freiner la consommation », a-t-elle déclaré.
Pour répondre à ces lacunes, le nouveau texte soumis aux experts prévoit plusieurs ajustements majeurs : une augmentation progressive des niveaux minimaux de taxation sur les cigarettes traditionnelles et l’élargissement du champ d’application aux nouveaux produits du tabac (tabac chauffé, cigarettes électroniques).
Au-delà de l’aspect fiscal, la ministre Sylla a souligné que cette harmonisation répond à un enjeu de santé publique visant à réduire l’incidence des maladies non transmissibles causées par le tabagisme, en particulier chez les jeunes. Elle ambitionne également de préserver les recettes fiscales des États en réduisant la fraude transfrontalière engendrée par les disparités de taxation entre pays voisins.
Pour le représentant de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), la démarche s’articule autour de trois axes prioritaires : « La santé publique : réduire l’accessibilité financière du tabac pour préserver les populations des risques sanitaires liés à sa consommation. La souveraineté fiscale : optimiser les recettes publiques grâce à des leviers fiscaux renforcés et adaptés. L’intégration et la sécurité commerciale : harmoniser les tarifs douaniers et d’accises à l’échelle sous-régionale afin de juguler le risque de fraude et de contrebande transfrontalière qu’engendreraient des disparités de taxation entre pays voisins. »
Il a par ailleurs appelé à une action sous-régionale urgente pour freiner le tabagisme, responsable de plus de 7 millions de morts par an dans le monde.
« En Guinée, où la prévalence atteint 7 % chez les adultes et 12 % chez les adolescents de 13 à 15 ans, le tabagisme engendre 4 400 décès par an et un coût économique évalué à 58 millions de dollars », a-t-il révélé.
S’exprimant au nom de la Banque mondiale lors de la réunion régionale sur la révision de la directive de la CEDEAO relative aux droits d’accise sur le tabac, le représentant de l’institution internationale a salué les progrès accomplis par les États membres depuis l’adoption du texte initial en 2017. Il a souligné l’engagement de la quasi-totalité des pays de la CEDEAO, qui ont mis en œuvre des réformes substantielles des taxes sur le tabac au cours des dernières années. Certains États membres se sont imposés comme de véritables modèles, leurs politiques servant de référence dans les publications scientifiques et stratégiques aux niveaux régional et mondial.
Relancer la dynamique après 2024
Tout en saluant les avancées enregistrées, le porte-parole de la Banque mondiale a rappelé les points d’attention soulevés lors de la rencontre de Dakar en 2024, notamment le ralentissement des réformes. La Banque mondiale a réaffirmé sa détermination à poursuivre son partenariat stratégique avec la Commission de la CEDEAO, l’OMS et le gouvernement guinéen pour soutenir des politiques fiscales efficaces et protectrices.
Le représentant régional de la CEDEAO a salué les efforts du gouvernement guinéen pour l’organisation de cette rencontre, ainsi que l’accompagnement technique et financier des partenaires régionaux et internationaux, notamment l’UEMOA, l’OMS et la Banque mondiale.
De son côté, le représentant de l’UEMOA a, au nom du président de la Commission, Abdoulaye Diop, salué l’organisation à Conakry de l’atelier dédié à la relecture de la directive sur l’harmonisation des droits d’accès appliqués au tabac. Il a mis en avant la qualité du partenariat et des synergies entre la CEDEAO et l’UEMOA pour faire progresser l’intégration économique en Afrique de l’Ouest.
Une synergie interinstitutionnelle renforcée
L’UEMOA, qui s’est également dotée d’une directive similaire en 2017, entend exploiter judicieusement les résultats de cet atelier pour actualiser sa propre réglementation. Le représentant a félicité la Direction de l’Union douanière et de la libre circulation de la CEDEAO pour la conduite des travaux et a réaffirmé la volonté des deux commissions d’aboutir à des textes parfaitement harmonisés à l’échelle sous-régionale.
Jean-Marie Morgan

















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