Advertisement

Journée internationale des musées : la Guinée face au défi de la restitution

Samedi 16 mai 2026, le Musée National de Guinée s’est transformé en véritable carrefour de réflexion et d’innovation à l’occasion de la Journée internationale des musées. Pendant trois jours, du 16 au 18 mai, chercheurs, conservateurs et diplomates se réunissent autour du thème évocateur « Les musées unissent un monde divisé », avec un enjeu central : la restitution des biens culturels guinéens dispersés dans les musées occidentaux.

Les débats, animés par des experts tels que Dr Silvie Memel Kassi, Julie Sissia et Philon Griesel du Centre Marc Bloch à Berlin, ou encore Franck Ludovic Wendyam Pacéré de l’École du Patrimoine Africain, ont mis en lumière les multiples dimensions de ce processus : juridiques, scientifiques, diplomatiques et technologiques.

Mohamed Amirou Conté, directeur général du Musée National, a rappelé l’ampleur du chantier : « Pour le retour des biens, c’est un processus long. Il faut savoir où ils se trouvent, engager des négociations et préparer des infrastructures adaptées. » Une convention de 16 millions d’euros signée avec l’Agence française de développement (AFD) permettra de réhabiliter le musée et d’accueillir les œuvres restituées dans de bonnes conditions.

Parallèlement, un inventaire de 1 800 objets a déjà été intégré dans une base de données numérique, étape essentielle pour identifier la provenance et préparer la conservation. « La recherche de provenance aide à comprendre comment un objet a été acquis et s’il a été spolié », a expliqué Ida El Majdoubi d’Expertise France, organisatrice du colloque.

Les obstacles juridiques restent nombreux, comme l’a souligné Franck Ludovic Wendyam Pacéré : « Les enjeux juridiques ne peuvent avoir de sens tant qu’il n’y a pas l’identification des objets. Ce n’est pas une guerre, c’est une affaire de partenariat et de cordialité. »

Enfin, l’Ambassadeur de France en Guinée, Jean-Luc Brichon, a insisté sur la dimension intellectuelle de la restitution : « Il n’y aura pas de restitution matérielle s’il n’y a pas une restitution intellectuelle. C’est pourquoi nous travaillons sur la création d’un musée virtuel accessible à tous les Guinéens grâce à des QR codes. »

Avec ces initiatives, la Guinée s’inscrit dans une dynamique continentale aux côtés du Bénin, du Sénégal et de la Côte d’Ivoire. Entre numérisation, rénovation et diplomatie culturelle, le pays prépare le retour progressif de ses biens culturels, conciliant mémoire, patrimoine et avenir.

Mohamed Dramé
Lamine Sylla

Leave a Reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *