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PLFI 2026, Simandou 2040 et souveraineté économique : pourquoi la qualité doit devenir une priorité nationale en Guinée [Par Mohamed Sanoussy Camara, expert en environnement et en santé publique]

La présentation du Projet de Loi de Finances Initiale (PLFI) 2026 devant le Conseil National de la Transition (CNT) par le Premier ministre Amadou Oury Bah intervient à un un moment
charnière de l’histoire économique de la Guinée. Elle ne constitue pas seulement un exercice budgétaire: elle traduit une vision, une direction et une ambition claire impulsées sous le
leadership du président de la République, Mamadi Doumbouya.

Au-delà de sa portée budgétaire, cet exercice traduit une orientation politique et stratégique plus
profonde : celle de bâtir une Guinée plus productive, plus structurée, plus compétitive et pleinement souveraine.

À travers l’intégration des priorités du programme Simandou 2040 dans la planification publique, l’État guinéen affirme désormais une volonté claire : faire des ressources naturelles, des infrastructures, de l’agriculture, de l’industrialisation et du capital humain les piliers d’une transformation durable du pays. Cette orientation mérite une attention particulière, car elle traduit le passage progressif d’une logique de gestion conjoncturelle à une logique de construction nationale de long terme.

Une ambition historique, un tournant stratégique: Selon les projections présentées dans le cadre de cette vision gouvernementale, Simandou 2040 prévoit une trajectoire de transformation majeure, avec un volume d’investissement estimé
à 330 milliards de dollars sur quinze ans, articulé autour de 122 mégaprojets et de 39 réformes structurantes. La première phase, couvrant 2026 à 2030, devrait mobiliser à elle seule 75
milliards de dollars, dont 20 milliards déjà engagés à travers le projet intégré Simandou et les infrastructures associées. Dans les secteurs de l’agriculture, de l’industrie alimentaire et du commerce, ce sont 32 mégaprojets et 10 réformes qui sont annoncés, pour un investissement global de 65 milliards de dollars. La vision gouvernementale projette par ailleurs une croissance moyenne annuelle de 10,3 % et un PIB pouvant atteindre 152 milliards de dollars à l’horizon
2040, contre environ 35 milliards aujourd’hui.

Ces chiffres témoignent d’une ambition d’envergure. Mais ils soulèvent en même temps une question essentielle : comment transformer cette ambition historique en prospérité réelle, durable, crédible et maîtrisée ?

À mon sens, une partie importante de la réponse tient dans un mot souvent sous-estimé dans les grands débats de développement : la qualité.

Produire plus ne suffit pas, il faut produire mieux

L’histoire économique est claire : aucune nation ne devient durablement forte en se limitant à extraire davantage ou à produire en plus grande quantité. Les pays qui s’imposent dans la durée sont ceux qui bâtissent des économies fondées sur des standards élevés, des mécanismes de contrôle efficaces, une culture de conformité, de sécurité sanitaire, de traçabilité et de crédibilité institutionnelle.

Cette exigence revêt une importance encore plus stratégique pour l’Afrique, dans un contexte où le continent continue de supporter un coût très élevé lié à sa dépendance alimentaire
extérieure, alors même qu’il dispose d’un immense potentiel agricole. Plusieurs responsables économiques africains ont rappelé que l’Afrique mobilise encore chaque année plusieurs dizaines de milliards de dollars pour importer des denrées alimentaires, avec des estimations
situant cette facture autour de 50 milliards de dollars. Ce paradoxe révèle une faiblesse structurelle: produire sans transformer suffisamment, et transformer sans garantir des standards élevés.

Une telle réalité interpelle profondément. Elle démontre que la souveraineté économique de
l’Afrique ne pourra être pleinement réalisée sans une politique ambitieuse de production locale, de transformation industrielle, de contrôle qualité, de normalisation et de compétitivité.

Cette réalité rappelle que la souveraineté économique ne se limite ni aux mines, ni aux infrastructures, ni aux annonces d’investissement. Elle se construit aussi dans la capacité d’un
pays à produire localement, transformer localement, préserver la qualité de ses produits, réduire
ses pertes économiques et sanitaires, protéger ses consommateurs et rendre ses productions compétitives sur les marchés nationaux, régionaux et internationaux.

L’industrialisation sans contrôle qualité demeure une fragilité

Dans cette dynamique, la Guinée doit éviter un piège majeur: celui d’une industrialisation rapide mais mal encadrée. Elle doit viser plus de qualité, plus de conformité, plus de traçabilité et plus de crédibilité.

C’est ici que se situe un enjeu majeur pour la réussite de Simandou 2040. L’industrialisation, l’agro-industrie, les exportations, la transformation locale et même la modernisation du marché
intérieur ne pourront produire tous leurs effets sans un système solide de contrôle qualité, de sécurité sanitaire, de surveillance environnementale et de normalisation. Car une économie qui
croît sans contrôle qualité solide devient vulnérable: un pays qui veut transformer son économie de manière durable doit être capable de répondre à des questions simples, mais décisives :

• Ce qui est produit est-il sûr ?
• Ce qui est vendu est-il conforme ?
• Ce qui est importé est-il effectivement contrôlé ?
• Ce qui est exporté respecte-t-il les standards internationaux ?
• Ce qui est consommé protège-t-il réellement la santé publique ?

Sans réponses institutionnelles fortes à ces questions, la croissance peut devenir fragile, décousue, inégalement maîtrisée et sensible face à la défiance des marchés comme des populations.

Pourquoi l’ONCQ doit devenir une institution stratégique de la refondation

C’est précisément pour cette raison que la modernisation de l’Office National du Contrôle de Qualité (ONCQ) devrait être considérée comme une priorité stratégique nationale dans la mise
en œuvre de la vision portée aujourd’hui par les plus hautes autorités du pays.

Dans une Guinée en pleine mutation économique, un ONCQ moderne, crédible, techniquement robuste et aligné sur les standards internationaux peut transformer en profondeur l’économie guinéenne en :
• protégeant efficacement les consommateurs,
• garantissant la sécurité sanitaire des produits,
• renforçant la crédibilité des exportations guinéennes,
• luttant contre les produits dangereux ou frauduleux,
• accompagnant de l’agro-industrie et les PME,
• structurant des chaînes de valeur locales;
• consolidant la souveraineté économique du pays.

L’enjeu est donc bien plus vaste qu’une simple mission technique. Dans le contexte actuel, la qualité doit être pensée comme un instrument de souveraineté économique, de protection sanitaire, de compétitivité commerciale et de crédibilité d’État. La qualité n’est pas une contrainte. Elle est un outil de puissance économique.

Un pays qui veut s’imposer dans la durée doit être capable non seulement de produire et d’investir, mais aussi de contrôler, certifier, sécuriser et valoriser ce qu’il met sur son marché et ce qu’il projette à l’international.

L’exigence comme fondement de la Guinée nouvelle

Le message politique porté à travers le PLFI 2026 et l’intégration des ambitions de Simandou 2040 est clair : la Guinée veut changer d’échelle. Cependant, pour réussir ce pari, elle doit faire
de la qualité une priorité nationale, et faire un choix politique fort. en affirmant que:
– la santé des populations n’est pas négociable,
– la crédibilité économique est une exigence,
– La souveraineté passe par la rigueur.

Cela implique une transformation profonde:
– dans la gouvernance,
– dans les pratiques industrielles,
– dans les habitudes de consommation,
– et dans la discipline institutionnelle.

Sous le leadership du Président Mamadi Doumbouya, notre pays dispose aujourd’hui d’une
opportunité historique rare : celle de bâtir une économie qui ne se contente pas de croître, mais qui inspire confiance, protège ses citoyens et s’impose durablement.

La guinée peut choisir entre une croissance rapide mais fragile, ou construire un modèle solide, crédible et durable, protecteur et souverain.

En tant qu’expert en environnement et en santé publique, je demeure convaincu que la réussite de la Guinée de demain ne dépendra pas uniquement de ses investissements ou de ses ressources naturelles mais de sa capacité à : Exiger, contrôler, certifier et garantir la qualité.

Car au fond, la souveraineté économique commence toujours par la maîtrise de ce que l’on produit, de ce que l’on consomme et de ce que l’on met sur le marché.

Dans la Guinée nouvelle qui se construit, la qualité ne doit plus être une option. Elle doit devenir une priorité nationale.

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