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Djembé en péril : Mohamed Diakité, l’un des derniers gardiens d’un art vivant

La quarantaine , Mohamed Diakité n’est pas qu’un simple artisan; il est le cœur battant du djembé, l’incarnation d’un savoir-faire ancestral aujourd’hui menacé.
Dans son atelier de Simbaya, à Ratoma, cet homme marié et père de famille sculpte bien plus que du bois et du cuir : il façonne des instruments qui portent l’âme de la culture mandingue et guinéenne. Son histoire, faite de passion et de résilience, met en lumière les défis auxquels est confronté un métier noble, fragilisé par la rareté des ventes et la cherté des matières premières.
Depuis les années 1990, le djembé a conquis le monde, s’invitant sur les scènes musicales d’Amérique, d’Europe et d’Asie. En Guinée, il est bien plus qu’un instrument : utilisé dans diverses cérémonies, des mariages aux baptêmes, il symbolise la joie et revêt une dimension sacrée. Il est aussi une pièce maîtresse des spectacles de danse et de musique, assurant la renommée de troupes guinéennes légendaires comme les Ballets Africains, le Ballet Djoliba et les Ensembles Instrumentaux. Le djembé est le véhicule de valeurs traditionnelles et de l’identité culturelle africaine et guinéenne.
Mais derrière la splendeur et la mondialisation du djembé se cache une réalité moins glorieuse : celle des artisans qui perpétuent ce savoir-faire ancestral. Ces “génies artistiques” sont les architectes d’un instrument indispensable à la culture guinéenne, transformant le bois et le cuir en œuvres d’art sonores.
Mohamed Diakité, marié et père de famille, est l’un de ces fabricants résilients. Son atelier, niché à Simbaya dans la commune de Ratoma, est le théâtre de sa passion depuis l’adolescence. “Depuis l’âge de 14 ans, je pratique ce métier. J’ai grandi et je me suis marié grâce à lui. Aujourd’hui, je nourris ma femme et mes enfants grâce à ce métier,” confie-t-il avec fierté.
Cet artisan dévoué excelle dans la fabrication du djembé, un art exigeant habileté et savoir-faire. Il utilise principalement des bois “blancs et rouges” (chevron), notamment le “basting”, qu’il sculpte et modèle avec minutie. Le processus est méticuleux : après avoir taillé le bois et lui avoir donné sa forme caractéristique, Mohamed travaille la peau de chèvre séchée, l’entoure de cercles de fer, puis tend des cordes pour obtenir la tension parfaite.
Les cuirs lui sont fournis par des vendeurs locaux, tandis que le bois est acheté auprès de marchands spécialisés. Le fil de fer, la hache et les cordes proviennent des marchés locaux, complétant ainsi son arsenal d’outils. “Les prix varient selon la taille et la qualité des djembés, entre 300.000 et 600.000 francs guinéens, voire davantage,” explique-t-il.
Malgré les difficultés, Mohamed Diakité ne compte pas abandonner son art. “Ce métier m’a beaucoup donné. Je ne connais que ça.”
Il tire son courage de ses mentors, qui continuent à exercer malgré un marché fluctuant surtout pendant la saison des pluies. Les mois de décembre à mars sont généralement les plus propices aux ventes, précise-t-il.
Ses principaux clients sont des troupes de ballets, des artistes et des étrangers désireux d’apprendre le djembé. À l’occasion, il décroche des contrats gouvernementaux, comme lors du Festival International du Djembé, où ses instruments ont résonné sur scène.
Face à ces défis, Mohamed ne se contente pas de persévérer : il appelle les autorités et les acteurs culturels à agir. Il réclame une meilleure prise en charge sanitaire des artisans, une rémunération équitable, au même titre que les musiciens, chanteurs et comédiens, et une reconnaissance officielle du métier, notamment par l’attribution de cartes professionnelles.
Le combat de Mohamed Diakité et de ses confrères est un appel vibrant à la préservation de l’artisanat local et du patrimoine culturel guinéen. Leur passion et leur résilience sont le moteur qui maintient le rythme du djembé vivant, assurant que cet instrument sacré continue de faire vibrer le monde.
 
 Mohamed Dramé

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