RAPPORT PRELIMINAIRE D’OBSERVATION DU REFERENDUM CONSTITUTIONNEL GUINEEN du 21 SEPTEMBRE 2025
1. Introduction
Le référendum du 21 septembre 2025, est l’une des étapes clés de l’accord dynamique de la Guinée avec la CEDEAO, relatif au retour à l’ordre constitutionnel et la consolidation de l’État de droit. C’est dans cette dynamique que la Synergie des Faîtières et Organisations de la Société Civile Guinéenne, fidèle à sa mission de vigie citoyenne et d’interface entre l’État, les citoyens et les partenaires, a déployé une mission nationale d’observation électorale, suite à une convention de collaboration entre seize (16) Faitières et organisations majeures de la société civile (CNOSCG, CONASOC, Ma Cause, DPEG, MAOG, Bougeons Ensemble, CNOSC-DDG, FEPA, Regards des Femmes, ROSE, FENAG, UCEG, JAG, CENAFOD, CONAG-DCF et PCUD).
L’observation a été menée selon les standards internationaux en matière d’élections et de référendums, reposant sur les principes de neutralité, d’impartialité, d’objectivité et de transparence. La mission a couvert toutes les étapes du processus référendaire:
La période pré-électorale, marquée par la préparation du scrutin et la campagne;
La journée du vote, incluant l’ouverture, le déroulement et la clôture des opérations de vote ;
Le dépouillement et l’annonce des résultats des bureaux observés.
Pour garantir la fiabilité et la rigueur de l’analyse, un dispositif appelé
« VILLAGE ELECTORAL » a été mis en place, composé de 4 chambres : une chambre d’appel, une chambre technique et d’analyse, une chambre de communication et une chambre décisionnelle/Stratégique regroupant une vingtaine d’experts. Ces chambres ont permis de centraliser, vérifier et traiter les données recueillies par le réseau d’observation, malgré plusieurs défis logistiques et techniques, notamment les coupures d’internet et le mauvais remplissage de certaines fiches d’observation.
Sur les 6.000 observateurs et observatrices accrédités et déployés dans l’ensemble des 375 communes du pays, 5.437 ont pu effectivement
transmettre leurs données, dont 44 % de femmes. Après validation, 5.377
fiches exploitables ont servi de base à l’élaboration du présent rapport préliminaire, avec une marge d’erreur estimée à +/- 5 %.
Ainsi, le rapport préliminaire, produit par la Synergie des Faîtières et Organisations de la Société Civile Guinéenne, vise à fournir une évaluation objective et indépendante du référendum constitutionnel du 21 septembre 2025, organisé par le Gouvernement guinéen, à travers la Direction Générale des Elections (DGE), en vue de l’adoption du projet de nouvelle Constitution instituant la Cinquième République.
Au-delà d’un simple constat, ce rapport préliminaire ambitionne de mettre en lumière les forces et les insuffisances observées, d’en tirer les leçons pour les échéances électorales futures, et de contribuer au renforcement de la confiance citoyenne et de la crédibilité du processus démocratique en Guinée.
2. Contexte Pré-électoral et Légal
La période précédant le référendum constitutionnel du 21 septembre 2025 a été marquée par des dynamiques contrastées. D’une part, le projet de nouvelle Constitution a été élaboré et largement diffusé auprès des populations, ouvrant la voie à des débats et à une appropriation progressive du texte. D’autre part, certaines pratiques observées au cours de la campagne ont soulevé des inquiétudes quant à la neutralité et à la bonne gouvernance du processus.
Nos observateurs ont noté la participation active de certains cadres de l’administration publique à la campagne référendaire. Si leur implication a contribué à la visibilité du processus, elle a aussi eu pour conséquence, par endroits, une paralysie du service public, privant certains citoyens de services essentiels.
Toutefois, la Synergie salue la diffusion d’un communiqué officiel du Gouvernement réaffirmant la nécessité de garantir la continuité du service public durant la période électorale. Cette mesure a contribué à limiter les dérives.
2.2. Communication et climat de campagne
Conformément à notre communiqué portant sur la campagne, la campagne référendaire, dans de nombreux cas, le débat public a été réduit à une adhésion partisane autour du “Oui” ou du “Non”, plutôt qu’une pédagogie citoyenne sur les dispositions du texte.
L’appropriation du discours référendaire par des logiques de confrontation politique tendait à reléguer au second plan le contenu même du projet de Constitution. La campagne était devenue comme une sorte de bataille pour ou contre un dirigeant, plutôt qu’un exercice de souveraineté destiné à doter la Nation d’un cadre institutionnel consensuel, durable et protecteur des droits et libertés.
La Synergie a rappelé avec insistance que les électeurs devaient se prononcer en conscience sur le contenu du projet de Constitution, et non sur un dirigeant.
2.3. Cadre juridique :
Le référendum a été organisé conformément aux dispositions de la Loi L/2025/012/CNT, adoptée par le Conseil National de la Transition (CNT), qui fixe les modalités d’organisation du scrutin. Ce cadre légal a constitué la base normative permettant de légitimer le processus.
2.4. Accréditation et accès des observateurs :
La Synergie des Faîtières et Organisations de la Société Civile a demandé et obtenu, auprès des autorités compétentes, les accréditations nécessaires pour ses 6.000 observateurs et observatrices. Cette étape est à saluer, car
elle est une volonté manifeste de transparence et de redevabilté, et a permis le déploiement d’un dispositif de 6.000 observateurs, couvrant l’ensemble du territoire national.
Cependant, malgré ces accréditations formelles, des difficultés sérieuses ont été enregistrées sur le terrain :
Dans certaines localités, des refus d’accès aux CACVs ont été opposés à nos observateurs ;
Des contraintes locales ont limité la liberté d’observer à certains observateurs.
Ces restrictions, bien que minoritaires, constituent une atteinte aux standards internationaux d’observation électorale, qui garantissent la présence d’observateurs indépendants à toutes les étapes du scrutin.
Ces incidents rappellent la nécessité de renforcer la culture de transparence et d’inclusivité dans l’organisation des consultations électorales, afin de consolider la confiance entre l’État, la société civile et les citoyens.
3. Ouverture des bureaux de vote et déroulement du scrutin
Selon les données recueillies, environ 90 % des bureaux de vote observés ont ouvert à l’heure officielle. Cette ponctualité traduit une volonté des autorités électorales de respecter les délais et d’instaurer la confiance dès les premières heures du scrutin.
Toutefois, des retards significatifs ont été enregistrés dans certains centres. Ces dysfonctionnements étaient principalement dus à :
Des problèmes logistiques, liés à la mise en place tardive du matériel électoral ;
L’arrivée tardive des agents électoraux par endroit et parfois mal orientés ou insuffisamment préparés ;
Malgré ces difficultés, la majorité des bureaux observés ont rapidement rattrapé leur retard, permettant aux électeurs de commencer à voter dans des conditions acceptables.
La journée du 21 septembre 2025, a constitué le moment décisif du processus référendaire. Dans l’ensemble, elle s’est déroulée dans un climat calme, pacifique et empreint de sérénité, même si quelques incidents isolés ont été relevés par nos observateurs sur le terrain.
3.1. Affluence et participation citoyenne :
Les observateurs ont unanimement noté une forte mobilisation des électeurs dès les premières heures. Les files d’attente devant les bureaux de vote ont témoigné d’un engouement populaire significatif, confirmant la volonté des citoyens de s’approprier de ce moment historique.
Le taux de participation, évalué à 90,5 %, constitue l’un des plus élevés enregistrés dans un scrutin référendaire en Guinée. Ce chiffre traduit :
Une soif de retour à l’ordre constitutionnel ;
Une volonté de participer à l’écriture d’une nouvelle page de l’histoire nationale ;
Mais aussi, par endroits, une pression sociale incitant à défier les pronostics.
3.2. Procédures de vote :
Dans la majorité des bureaux observés, les procédures électorales ont été respectées avec rigueur :
La vérification de l’identité des électeurs a été assurée, garantissant la régularité du vote ;
Le secret du vote a été préservé, même si quelques bureaux présentaient des dispositifs de confidentialité insuffisants ;
L’utilisation des bulletins et urnes a globalement respecté les procédures prescrites ;
La présence des observateurs nationaux et internationaux dans plusieurs bureaux de vote a également contribué à renforcer la crédibilité et la transparence du processus.
3.3. Incidents et anomalies constatés :
Malgré ce climat globalement satisfaisant, nos observateurs ont relevé plusieurs incidents isolés, qui doivent être considérés avec attention :
Des cas de matériel électoral manquant ou insuffisant (encre indélébile, bulletins de vote, listes électorales incomplètes) dans certains bureaux ;
La confusion à Tombolia (Conakry) où un centre de vote avait été délocalisé par erreur, provoquant des incompréhensions avant que la situation ne soit clarifiée ;
Des altercations verbales entre électeurs, rapidement maîtrisées par les forces de sécurité ;
Ces incidents, bien qu’ayant perturbé le bon déroulement dans certains centre et bureau de vote, n’ont pas affecté de façon générale, la crédibilité globale du processus. La Synergie salue le caractère transparent et inclusif du processus.
3.4. Rôle des forces de l’ordre :
La présence des forces de sécurité a été largement observée et jugée rassurante par les citoyens. Contrairement à certaines craintes exprimées en amont du scrutin, les agents déployés se sont globalement limités à un rôle de sécurisation préventive, sans ingérence directe dans les opérations de vote. Leur comportement professionnel a contribué à maintenir un climat apaisé, renforçant la confiance des électeurs.
4. Recommandations :
Au terme de la collecte et de l’analyse des données issues du déploiement de six mille (6 000) observateurs et observatrices sur l’ensemble du territoire national, la Synergie des Faitières et Organisations de la Société Civile formule les recommandations suivantes :
Aux autorités guinéennes
Renforcer les rencontres qui ont précédé le scrutin (Comité technique inter-parti) avec tous les acteurs, pour encore plus de transparence, de confiance et la crédibilité des processus électoraux futurs, en particulier les élections nationales et locales à venir ;
Prendre des mesures vigoureuses pour prévenir toute implication des agents publics dans la campagne électorale, afin de garantir la neutralité de l’administration et la continuité effective du service public ;
Améliorer la logistique électorale, notamment la distribution et la livraison à temps du matériel et les accréditations, afin de réduire les retards et désagréments constatés lors du scrutin.
À la société civile
• Intensifier les efforts de renforcement des capacités techniques et opérationnelles des organisations et de leurs membres, pour consolider une observation électorale nationale plus professionnelle, impartiale et crédible ;
• Accroître la sensibilisation citoyenne, en particulier dans les zones rurales et enclavées, afin d’élever le niveau de compréhension des enjeux électoraux et de réduire le nombre de bulletins nuls.
Aux partenaires techniques et financiers
• Renforcer l’appui technique, logistique et financier à la société civile guinéenne, pour lui permettre de jouer pleinement son rôle de garant citoyen de la transparence et de la régularité des scrutins ;
• Encourager et accompagner la mise en place de mécanismes innovants d’observation électorale ;
5. Conclusion
Le présent rapport préliminaire offre un aperçu général du scrutin référendaire, lequel, malgré quelques faiblesses organisationnelles et des manquements relevés, s’est globalement déroulé dans le calme, la sérénité et la transparence.
La Synergie des Faitières et des Organisations de la Société Civile tient à féliciter :
La Direction Générale des Élections (DGE) pour les efforts consentis dans la préparation technique et opérationnelle du processus électoral, en dépit des contraintes rencontrées ;
Le Conseil National de la Transition (CNT) pour avoir conduit avec rigueur et responsabilité l’élaboration du Projet de nouvelle Constitution et le cadre légal ayant permis l’organisation de ce scrutin historique ;
Les Forces de défense et de sécurité pour leur professionnalisme et leur sens de la retenue, qui ont permis d’assurer la sécurité du scrutin dans un climat apaisé, renforçant ainsi la confiance des citoyens dans l’intégrité du processus.
La Synergie des Faitières et des Organisations de la Société Civile réaffirme sa détermination à poursuivre la compilation et l’analyse approfondie des données collectées. Elle publiera dans les prochaines semaines un rapport final, assorti des statistiques détaillées, d’une évaluation globale et de recommandations consolidées, contribuant ainsi au renforcement de la démocratie, de la paix et de la gouvernance électorale en République de Guinée.
Fait à Conakry le 25 Septembre 2025
La Synergie des faitières des Organisations de la Société Civile Guinéenne.

















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