Ce vendredi 30 mai, l’esplanade du Palais du Peuple a été le théâtre d’une cérémonie emblématique, marquant un tournant décisif pour la culture guinéenne. Précédée d’un carnaval géant parti de la Feguifoot, la manifestation a culminé par la remise de kits d’instruments musicaux et audiovisuels à dix troupes artistiques et orchestres nationaux, symbolisant le renouveau du riche patrimoine culturel du pays.

Cette initiative historique s’inscrit dans la vision du Président Mamadi Doumbouya qui, à travers le programme Simandou 2040, a fait de la culture une priorité nationale. Des actions concrètes récentes, telles que le Festival international Djembé (FID) de Guinée, la mise en place d’une assurance maladie pour les artistes et la participation active à des événements majeurs comme le FEMUA 2025, témoignent de cet engagement sans faille. L’objectif est clair : permettre aux artistes de professionnaliser leur art, de créer en toute dignité, de diffuser des messages positifs et de faire revivre la culture guinéenne dans toute sa splendeur, à l’image des orchestres nationaux d’antan qui ont bâti la renommée du pays.

Pour immortaliser cet événement capital, un grand carnaval a réuni plusieurs fédérations et associations culturelles, ainsi que des organisations soutenant les actions du CNRD, parmi lesquelles l’ANAFAGUI, la FENACOGUI et l’Association des boulangers de Guinée. Leur marche festive depuis la Feguifoot jusqu’au Palais du Peuple a exprimé leur adhésion totale à cette nouvelle dynamique culturelle soufflant sur le pays.
Présidée par le ministre de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat, Moussa Moïse Sylla, la cérémonie s’est déroulée en présence du ministre des Affaires étrangères et des Guinéens de l’étranger, Morissanda Kouyaté, des préfets de Kankan, Guéckédou et de N’Zérékoré, ainsi que de hauts cadres du ministère de la Culture et de plusieurs acteurs culturels.
Dans son discours empreint d’émotion et de vision, le ministre Moussa Moïse Sylla a souligné la portée profonde de cet événement. « Ce n’est pas une simple remise d’instruments . Elle symbolise le réveil profond de notre patrimoine musical, la réhabilitation de nos récits, la réinvention de nos imaginaires et la reconquête de notre fierté culturelle. Dans chaque djembé frappé, dans chaque corde de kora pincée ou de balafon résonnant, c’est une partie de l’âme guinéenne qui reprend vie. »
Le ministre a également insisté sur la volonté de lancer un vaste chantier de renaissance orchestrale, ancré dans la mémoire glorieuse du passé mais résolument tourné vers l’avenir.
Il a précisé le nouveau modèle économique envisagé : les formations musicales ne seront plus de simples vestiges folkloriques subventionnés, mais des entités vivantes, dynamiques et économiquement viables, capables de générer leurs propres revenus. L’État s’engage à créer un environnement propice, facilitant l’accès aux espaces, aux opportunités et aux ressources, sans pour autant financer directement leur fonctionnement.
Le ministre de la Culture guinéenne a affirmé que cette cérémonie était une déclaration de souveraineté culturelle, refusant que la Guinée ne soit qu’un simple réceptacle d’influences extérieures. Il a soutenu que la place centrale accordée à la culture dans les politiques publiques s’inscrit dans les mouvements mondiaux et continentaux et s’appuie sur des instruments juridiques tels que : la Convention de 2005 de l’UNESCO sur la diversité des expressions culturelles ; l’agenda 2030 des Nations Unies pour le développement durable; la Charte de la renaissance culturelle africaine de l’Union Africaine.
Ces textes consacrent la culture comme un levier fondamental de développement humain, d’inclusion sociale, de paix durable et de croissance économique.
À l’ère numérique, où les frontières s’estompent, le ministre a insisté sur la nécessité pour la Guinée de proposer des contenus forts, enracinés et originaux afin de façonner les préférences de sa jeunesse. Il a mis en lumière le potentiel des industries culturelles et créatives comme moteur économique puissant, levier d’emploi pour la jeunesse et espace d’innovation à haute valeur ajoutée.
Dans cette optique, le gouvernement a institué un Service National des Industries Culturelles et Créatives au sein du ministère, une structure inédite visant à transformer la créativité guinéenne en richesse.
En plus des formations orchestrales, des kits audiovisuels ont été remis aux troupes de cinéma populaire, reconnaissant ainsi le rôle essentiel du septième art comme miroir de la société, outil d’éducation et vecteur de paix et de cohésion sociale. Un vibrant hommage a été rendu aux pionniers du cinéma populaire qui ont marqué l’imaginaire collectif guinéen.
Les dix orchestres et troupes artistiques bénéficiaires sont :
– Nimba Jazz de Nzérékoré
– Kèbèndo Jazz de Guéckédou
– Djoliba Jazz de Faranah
– Bafing Jazz de Mamou
– Dirou Band de Kindia
– 22 Bands de Kankan
– Kolima Jazz de Labé
– Télé Jazz de Télémélé
– Sorsornet Rythmes de Boké
– Horoya Band National
La joie était palpable parmi les récipiendaires. Bintou Kantabadouno, Directrice préfectorale de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat de Guéckédou, a exprimé son immense satisfaction quant à la renaissance du Kèbèndo Jazz, « oublié » depuis plus de 30 ans.
« C’est une renaissance en marche », a-t-elle affirmé, soulignant que ces nouveaux instruments permettront aux jeunes générations de revitaliser la culture locale et d’évoluer dans de meilleures conditions.
Cette cérémonie marque un tournant majeur pour la Guinée, posant les bases d’une ère nouvelle, où la culture est reconnue comme un pilier essentiel du développement et de l’identité nationale.

Mohamed Dramé

















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