C’est un tournant stratégique pour la consolidation de la paix en République de Guinée. Ce mercredi 20 mai 2026, un complexe hôtelier de la place a réuni les forces vives de la lutte contre les violences faites aux femmes, les points focaux nationaux et les partenaires internationaux.

L’objectif était de doter les acteurs nationaux d’outils de suivi pour l’implémentation réelle de l’Agenda « Femmes, Paix et Sécurité ». Une initiative de la Direction nationale de la femme, soutenue par la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et l’Allemagne. Durant trois jours, les participants vont se pencher sur le Cadre Continental de Résultats (CCR), un outil conçu pour mesurer et rapporter de manière concrète les progrès de cet agenda.
Pour la CEDEAO, représentée par le chef de mission Olundé Ayemi, cet atelier ne doit pas se limiter à de la théorie. Évoquant le rôle clé de la division de la sécurité humaine, il a tracé une feuille de route claire :

« L’objectif est de protéger les femmes et les filles, mais aussi de mettre en place une plateforme où toutes les parties prenantes vont participer. Nous allons porter sur des points très clés : la paix, la sécurité, la justice, les violences faites aux femmes, mais aussi les élections. »
Selon l’organisation régionale, la sécurité des femmes est transversale et doit impérativement s’intégrer dans tous les processus démocratiques et sécuritaires du pays.
Présente à la cérémonie, Fatoumata Samoura, représentante de l’Ambassade d’Allemagne – dont le pays cofinance le projet aux côtés de l’Union européenne via l’agence de coopération GIZ –, a rappelé une vérité statistique : selon elle, les femmes représentent la moitié du potentiel humain, économique et social d’un pays. « Là où leurs voix sont écoutées, respectées et intégrées dans les processus de décision, on observe davantage de paix, de prospérité, de stabilité et de liberté », a-t-elle martelé.
Face au manque de perspectives qui pousse la jeunesse et les femmes à l’exode dans plusieurs pays africains, l’Allemagne prône une autonomisation concrète et inclusive.
Mme Samoura a d’ailleurs pointé du doigt les limites du cadre légal actuel : « Les lois seules ne garantissent pas le changement réel. Il faut surtout des mécanismes efficaces d’application, des sanctions lorsque ces droits ne sont pas respectés, mais aussi des réponses concrètes aux obstacles pratiques. »
Des obstacles qui vont de l’accès à l’éducation jusqu’à des besoins fondamentaux de dignité, comme l’accès à des infrastructures sanitaires adaptées et aux produits d’hygiène féminine.
En ouvrant officiellement les travaux, la ministre de la Femme, de la Famille et de la Solidarité, Patricia Adeline Lamah, a exprimé sa profonde satisfaction de voir Conakry abriter cette rencontre. Elle a rappelé que cette coopération renforcée témoigne de la qualité des relations entre la Guinée et les organisations régionales depuis le retour à l’ordre constitutionnel, sous la conduite du président de la République, Mamadi Doumbouya.
La ministre a rendu hommage à la résolution historique 1325 du Conseil de sécurité des Nations Unies (adoptée en 2000), qui reste la boussole de la Guinée à travers quatre piliers fondamentaux :
* La participation des femmes aux processus de prévention et de consolidation de la paix ;
* La prévention des violences sexuelles et basées sur le genre (VBG) ;
* La protection des droits fondamentaux des femmes et des filles en période de conflit comme en temps de paix ;
* Le relèvement et la reconstruction post-crise en intégrant les besoins spécifiques des femmes.
Bien que la Guinée ait enregistré des avancées majeures notamment des campagnes de vulgarisation de la résolution 1325 auprès de l’armée, des magistrats, des étudiants et des leaders religieux, la ministre Lamah n’a pas caché les réalités du terrain.
« De nombreux défis persistent : les pesanteurs socioculturelles, l’insuffisance des financements et les faibles capacités de coordination », a-t-elle admis.
C’est précisément pour pallier ces faiblesses de coordination que le Cadre Continental de Résultats (CCR) a été développé par la Commission de la CEDEAO, avec l’appui du projet GIZ-SAO. Ce questionnaire simplifié et adapté au contexte ouest-africain permettra de mesurer scientifiquement les progrès et d’ajuster les politiques publiques.
L’enjeu de ces trois jours sera d’assimiler cet outil pour que les résolutions prises à Conakry ne restent pas « confinées dans les salles de conférence », mais transforment durablement le quotidien des populations. Car, comme l’ont rappelé l’ensemble des intervenants, une paix durable en Afrique ne se construira pas sans la participation et le leadership de la moitié de sa population.
Naby Camara

















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