Lors des 72 Heures du Livre, l’écrivain Jean-René Camara a présenté son ouvrage Histoire de Gbassikolo, consacré aux origines de Conakry et aux traditions Baga. Il a précisé certains choix narratifs : « Je n’ai pas mentionné Kaloum, c’est volontaire », a-t-il affirmé, avant de répondre à une interrogation récurrente : l’association de Bassikolo au diable.
Selon lui, cette interprétation est une relecture imposée par les religions monothéistes. Dans les traditions ancestrales, Bassikolo n’était pas une figure démoniaque, mais un lieu mystique, lié aux rituels et à la forêt sacrée. « Ce sont les changements religieux et culturels qui ont transformé la perception », explique-t-il.
Camara revient également sur l’île de Tombo, berceau de Conakry, et sur l’origine du nom de la capitale. « On ne dit pas Kaloum, on dit Kaloumi. Le terme Kaloum est une adaptation coloniale. » Il rappelle le rôle central des Bagas, peuple de pêcheurs et d’agriculteurs, dont les pratiques ancestrales se sont effritées au fil du temps. Exemple marquant : en 1956, la forêt sacrée du Bagataï a disparu, mettant fin aux initiations traditionnelles. « Les derniers initiés sont encore là, dont Blaise Sabonke, mon oncle », souligne-t-il.
Dans son récit, il évoque aussi la peur mystique suscitée par les grands fromagers, la mémoire collective autour du mot Yé Doré, et la force symbolique de Tombo et de Kaloumi dans l’autorité centrale.
Fruit de plus de quinze années de recherche sur la culture Baga et de trois années de travail spécifique sur Bassikolo, l’ouvrage retrace le peuplement de l’île de Tombo et le développement de Conakry jusqu’à Kaloum. Il consacre un chapitre au site de Bassikolo, aujourd’hui transformé en parc moderne, ainsi qu’au musée Baga « Klokpon Kapaka », dédié à l’animation culturelle.
Disponible sur plusieurs plateformes internationales, ce livre constitue la septième publication de l’auteur. « Il accompagnera tous ceux qui s’intéressent à l’histoire de Bassikolo et de Conakry. Il contribue au développement culturel de la Guinée et constitue un héritage pour la postérité », affirme Camara.
À travers cet ouvrage, Jean-René Camara confirme son rôle de passeur de mémoire, en défendant la charge mystique et ancestrale des traditions. Il offre à la Guinée un outil précieux pour comprendre ses racines et éclairer son présent.
Lamine Sylla

















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