L’Institut itinérant de formation et de prévention intégrée contre la drogue et autres conduites addictives (IIFDIPCA) a marqué un tournant ce mercredi 25 mars 2026 en lançant un atelier de validation du rapport de collecte de données sur la problématique de la drogue en Guinée. Ce document met en lumière des failles dans la chaîne nationale de lutte, allant des services de répression jusqu’au traitement judiciaire des dossiers.

Intervenant, Mory Mandiana Diakité, directeur général adjoint de l’IIFDIPCA souligne que cette étude couvre toutes les dimensions du phénomène, de la production au trafic, de la consommation aux interpellations, des condamnations à la réinsertion, avec l’ambition de doter le pays d’une base de données fiable et exploitable. Il soutient que la Guinée accuse un retard par rapport à des pays voisins et que ce rapport doit combler ce vide afin de soutenir des politiques plus efficaces de réduction de l’offre.
Mohamed Chérif Touré, chef de division Grâce, amnistie et libération conditionnelle, a détaillé des chiffres alarmants : plus de 31 tonnes de cannabis saisies, près de 200 comprimés de tramadol détournés, plus de 10 tonnes de kush et 7,6 tonnes de cocaïne interceptées. La prévalence est particulièrement forte à Conakry et Kindia, mais les constats montrent un faible taux d’incinération et un décalage inquiétant entre saisies, interpellations et décisions judiciaires. Pour lui, ces dysfonctionnements traduisent une urgence nationale : renforcer la chaîne de lutte, depuis la collecte des données jusqu’à la prise en charge des victimes.
Le ministère de la Justice et des Droits de l’homme a annoncé son engagement à harmoniser les pratiques judiciaires, améliorer la remontée des statistiques et consolider le traitement des infractions liées à la drogue.
Présidant la rencontre, Facinet Conté, secrétaire général du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, a salué l’initiative de l’IIFDIPCA, inscrite dans les priorités stratégiques du gouvernement. Il a rappelé que la problématique des drogues dépasse la seule dimension sanitaire et sociale pour devenir une question juridique majeure, au croisement du droit pénal, du droit de la santé publique et des engagements internationaux de la Guinée. Selon lui, l’État est tenu de protéger l’ordre public, garantir le droit à la santé et respecter ses obligations internationales, en réprimant fermement la production, le trafic et la distribution illicite des stupéfiants.

Ce rapport, en révélant l’ampleur du phénomène et les failles du dispositif, ouvre la voie à une réforme indispensable. Il place la Guinée face à ses responsabilités et à l’urgence d’une gouvernance fondée sur des données scientifiques, pour transformer la lutte contre la drogue en un combat cohérent et efficace.
Thierno Kalifatou Doumbouya

















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