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Nouvel An : quand la joie balaie les incertitudes de Conakry

Alors que la Guinée traverse une période électorale marquée par des semaines de joutes politiques, l’effervescence des marchés de Conakry semble défier la morosité ambiante. À quelques heures du réveillon, les artères de la capitale fourmillent : les étals débordent, les salons de beauté ne désemplissent pas et l’esprit de fête, envers et contre tout, reprend ses droits.
L’effervescence des grands marchés
Au marché d’Enco5, l’un des plus fréquentés de Conakry actuellement, l’agitation est à son comble. Dans un vacarme mêlant cris de marchands et klaxons de taxis prisonniers de la foule, les clients se frayent un chemin, les bras chargés de paquets.
Fanta Camara, la trentaine élégante, s’affaire entre deux boutiques de prêt-à-porter :
« Je suis venue chercher une robe pour le réveillon. C’est la fin de l’année, il faut marquer le coup, même si les temps sont durs. J’ai aussi pris des accessoires assortis. On veut se sentir belle pour accueillir la nouvelle année avec espoir », confie-t-elle, le sourire aux lèvres.
Non loin de là, Bintou Cissé, mère de famille, remplit son panier de condiments : oignons, tomates, épices, poulet fumé.
« On a décidé de préparer un grand plat de riz gras avec du poisson et du poulet. C’est une tradition chez nous. Même si les prix ont grimpé, on ne peut pas laisser passer cette fête sans se retrouver en famille autour d’un bon repas », explique-t-elle, visiblement déterminée à faire plaisir aux siens.
Un secteur de la beauté à deux vitesses
Les professionnels de l’esthétique sont, eux aussi, sur le pont. À Yembeya, Malick, coiffeur expérimenté, enchaîne les coupes sans répit :
« Depuis trois jours, je dors à peine. Toutes les clientes veulent être prêtes pour le 31. C’est, de loin, notre période la plus chargée. »
Pourtant, le constat n’est pas uniforme partout. À Lambadji, l’ambiance est plus contrastée. À l’Institut Eden, la gérante Kenkenyo Marlyse observe une baisse de régime :
« À l’approche de la fête, je dirais qu’il n’y a pas tellement d’engouement. On ne sent pas vraiment que c’est la fête, ce n’est pas très agréable. Contrairement à l’année dernière, c’est assez calme cette année. »
À quelques rues de là, le son de cloche est radicalement différent au salon Élégance Divine. Djénabou Diallo, la gérante, supervise une équipe débordée :
« On a dû recruter deux coiffeuses supplémentaires pour gérer l’affluence. Entre soins du visage, manucures et coiffures sophistiquées, les femmes s’accordent une parenthèse malgré les difficultés du quotidien. »
La résilience par la célébration
Dans cette parenthèse festive, les préoccupations politiques et les incertitudes économiques s’effacent momentanément. La population choisit la résilience, privilégiant la cellule familiale et l’optimisme.
« On ne sait pas ce que 2026 nous réserve, mais on veut au moins finir cette année dans la joie », conclut Fanta, en ajustant ses derniers achats. Sous les lumières de Conakry, entre les effluves de grillades et les rires qui s’élèvent, le message est clair : la capitale est prête à tourner la page.
Mohamed Dramé

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