En Guinée, une nouvelle mode fait fureur chez les jeunes filles : les soirées Dior. Loin des sorties ordinaires en boîte de nuit ou au restaurant, ces fêtes exclusivement féminines gagnent en popularité et envahissent les réseaux sociaux. C’est l’occasion pour les jeunes femmes de se retrouver à l’occasion d’un mariage, d’un anniversaire ou simplement pour le plaisir.

Lors de ces soirées, les participantes mettent les petits plats dans les grands : elles portent des tenues multicolores confectionnées par des couturières locales. Coiffures, maquillages et décors sont choisis avec soin pour briller sur TikTok, Snapchat, Instagram ou encore Facebook. Au programme : danses sur les derniers tubes, dîners souvent accompagnés de boissons alcoolisées, et moments de folie, le tout filmé, photographié et partagé en direct.
Il n’existe pas de lieu fixe pour ces soirées. Tout dépend des moyens et des relations des organisatrices. Elles peuvent se tenir dans les chambres VIP de certains hôtels, dans des boîtes de nuit ou dans des résidences privées.
Pour Chacha la Charmante, une jeune étudiante qui a participé à plusieurs de ces soirées : « C’est une soirée que j’ai découverte sur les réseaux sociaux. Elle réunit les amies pour passer un bon moment dans la joie et la bonne humeur. »
Elle ajoute avec conviction : « Je préfère ce genre de soirée entre filles plutôt que de sortir en boîte la nuit, où l’on peut devenir la proie d’hommes à la recherche de jeunes filles prêtes à tout pour se faire inviter dans des lieux de luxe. »
Cette mode est si populaire qu’elle a généré de nouveaux petits métiers pour les jeunes femmes. Styliste, maquilleuse, coiffeuse, décoratrice : toutes voient leur clientèle augmenter grâce à ces événements. C’est un véritable coup de pouce pour les artisans locaux, qui allient savoir-faire traditionnel et style moderne.
Les prix des tenues Dior varient selon la qualité du tissu, sa provenance et la finesse de la couture. Certaines filles préfèrent les tissus importés du Sénégal, de la Côte d’Ivoire ou du Mali, tandis que d’autres optent pour des tissus locaux, souvent plus abordables. Les prix oscillent entre 200 000 et 400 000 francs guinéens.
Mariame Kourouma, commerçante à Kipé, dans la banlieue de Conakry, témoigne : « J’ai commandé un lot important de tissus aux couleurs variées. Mon couturier professionnel confectionne les tenues Dior selon les souhaits de mes clientes. C’est le marché le plus dynamique en ce moment. »
Mais cette tendance soulève aussi des interrogations. Les soirées Dior ne s’inscrivent pas dans la culture guinéenne traditionnelle. Elles mêlent des influences étrangères et des codes issus des réseaux sociaux. Le nom « Dior », emprunté à une célèbre marque de luxe, reflète le rêve d’un style de vie glamour, souvent inaccessible.
Sékou Diawara, enseignant et entrepreneur, déplore : « C’est regrettable de voir nos jeunes filles se livrer à des pratiques qui ne reflètent pas notre culture. Certaines danses sont indécentes, et la consommation de champagne est préoccupante. »
Concernant le choix des tenues multicolores, une participante ayant souhaité garder l’anonymat confie : « Au-delà de leur beauté, le tissu est très fin et léger, ce qui met en valeur nos silhouettes, surtout la forme de nos postérieurs quand on les remue en dansant. »
Elle affirme que c’est ce qui rend leurs vidéos et photos virales sur les réseaux sociaux.
La soirée Dior, bien que somptueuse et visuellement envoûtante, illustre avec acuité une tendance préoccupante : la dilution progressive des valeurs culturelles au profit d’une esthétique mondialisée et d’un luxe déconnecté des réalités locales. Derrière les projecteurs et les parures scintillantes, c’est tout un patrimoine qui semble relégué au second plan, éclipsé par le désir de conformité aux standards occidentaux. Cette célébration, loin de magnifier l’identité culturelle, révèle une fracture entre tradition et modernité, où l’authenticité peine à trouver sa place. Il est urgent de repenser ces événements pour qu’ils deviennent des vecteurs de valorisation culturelle, et non des vitrines d’un effacement identitaire.
Mohamed Dramé
















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