Dans le secteur côtier de Teniya, situé dans la commune rurale de Khorira (préfecture de Dubréka), la colère gronde chez les pêcheurs. Leur activité, principale source de revenus pour de nombreuses familles, serait aujourd’hui menacée par l’expansion industrielle de la société Sol Ciment.
Au cœur de la controverse : la destruction présumée de plus de 20 hectares de mangrove, un écosystème essentiel à la reproduction des poissons, pour la construction d’un port fluvial. Ce port a été conçu pour faciliter le transport de clinker entre le port autonome de Conakry et la plateforme de Teniya. « Cette zone de mangrove, nous l’avons restaurée nous-mêmes pour favoriser la reproduction des poissons
Aujourd’hui, les bateaux industriels ne cessent d’endommager nos filets, et nous devons nous éloigner toujours plus en mer pour capturer du poisson», a expliqué sous anonymat un pêcheur.

Alseny Bangoura, coordinateur des débarcadères de la préfecture de Dubréka, dénonce les dommages matériels :
« Les navires de Sol Ciment détruisent régulièrement les filets des pêcheurs. Leur remplacement prend du temps, et il est difficile d’obtenir réparation. »
Même constat pour Yamoussa Sylla, pêcheur à Teniya : « C’est devenu un calvaire. Ceux d’entre nous qui n’ont pas de moteur sont tout simplement exclus de la mer. »
Mamadouba Soumah, chef du port local, rapporte quant à lui un autre problème :
« Le remblai a envahi notre débarcadère. Il n’y a plus d’espace pour stationner nos pirogues. »
Et selon Abdoulaye Camara, chef du secteur, la société n’aurait pas tenu l’ensemble de ses engagements, aggravant les difficultés du village face à la rareté croissante des ressources halieutiques.
Interrogé sur la situation, le conseiller santé, sécurité et environnement de Sol Ciment, Golota Raphaël Lamah, confirme que des effets sur la mangrove ont été observés. Il assure toutefois que l’entreprise agit dans une démarche responsable.« Une étude d’impact environnemental et social a été réalisée, et un plan de gestion a été mis en place, incluant le reboisement d’hectares de mangrove à Souapiti », indique-t-il.
Il affirme que des procédures de règlement des plaintes sont actives, en collaboration avec la gendarmerie maritime et les responsables des débarcadères.
Alors que la tension monte entre les communautés riveraines et les acteurs industriels, les habitants de Teniya espèrent des mesures concrètes pour protéger leur mode de vie et préserver un équilibre fragile entre développement économique et justice environnementale.

Abdoulaye Keita

















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